DOM JUAN A LA CITADELLE DE SISTERON - Par Jean BANNER
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DOM JUAN A LA CITADELLE DE SISTERON - Par Jean BANNER

Sisteron Dom Juan
Il aurait fallu rajouter un étage au théâtre de la Citadelle pour recevoir tout le monde, car cette représentation de Dom Juan avec les deux Francis, Huster et Perrin en hommage à Louis Jouvet disparu en 1951 était l’affiche de l’année et un triomphe.
Francis Huster nous l’avait confié, cette pièce est la plus « complète » de Molière offrant à Louis Jouvet un de ses plus grands rôles.
Vendredi soir, le texte a rendu toute sa grandeur et la mise en scène son étonnement.
Dom Juan à l’italienne, pourquoi pas ? Francis Huster nous a rappelé que l’unité de lieu était la Sicile, avec son cortège de règlements de comptes et de crimes d’honneur.
Le personnage pourrait se qualifier de complet et d’une cruelle actualité.
Précurseur de DSK, il allie la séduction, la puissance, le défi mais aussi la fuite. Ses conquêtes galantes sont capables de faire sortir une belle Elvire d’un couvent pour l’y renvoyer, de séduire des paysannes dont les maris viennent de lui sauver la vie, de jouer double et triple jeu pour éluder ses responsabilités, et d'user de la magnifique langue de bois pour éconduire un créancier. Toutes les classes sociales sont touchées par son cynisme, son arrogance et sa folle témérité.
Lorsqu’on oublie la pièce pour la redécouvrir à chaque réplique, c’est le fait d’un grand talent d’exécution.
Dom Juan fera preuve de lâcheté face à ses poursuivants comme s’il voulait réserver au Commandeur, défi ultime, le soin de le prendre. Nous ne sommes plus dans le terrestre, mais le divin. L’homme défie celui qu’il a tué, l’invite à dîner et lui tendra la main sachant très bien ce qu’il adviendra. Lâche devant la nature humaine armée de surins et de revolvers mais héroïque devant une statue de pierre.
La mise en scène avait de quoi surprendre. D’abord au début avec la mort qui se ballade sur scène sous les aspects d’une femme, tandis qu’Edith Piaf chante « Non, je ne regrette rien ». La même scène se retrouvera hors texte à la fin, avec tous les personnages et un mendiant faisant une démo de hip hop.
Ensuite, les remparts de la citadelle se sont éclairés de façon inquiétante lorsque le Commandeur s’approchait. Dans le tombeau, la scène était noire, Sganarelle et son maître une ampoule éclairée ne pouvait voir…que le public. Etonnant.
Quelques détails ont donné un certain relief, comme le SMS du Commandeur l’invitant à dîner, les passes de torero de Sganarelle entre les deux paysannes, Elvire pour implorer un changement d’attitude de son amant… une illustration de la pureté de l’âme dans un corps plastiquement parfait et la nudité de l’être dans toute sa pudeur.
Sganarelle, toujours lui, très interactif avec le public, qui va jusqu’à le prendre à témoin. D’un côté une assistance hilare, de l’autre un homme révolté.
Francis Perrin a refusé de nous parler en fin de spectacle pour glisser dans un sourire « j’ai déjà tout dit dans la pièce ». Quand à Francis Huster, « Molière a écrit ce rôle pour Francis Perrin, Edmond Rostand a écrit Cyrano pour Jean Piat et Camus a écrit la Peste pour moi ».
Jean Banner


j'yvais!- * * * * * * * *

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